Meyran Régis

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Chercheur associé CANTHEL
meyranr@yahoo.fr
Régis Meyran est titulaire d’un doctorat de l’EHESS en anthropologie sociale et ethnologie, et d’une HDR en ethnologie de l’université de Nice-Sophia Antipolis. Il est à la fois chercheur, éditeur et journaliste spécialisé dans les sciences sociales et particulièrement l’anthropologie. Il travaille pour l’UNESCO comme rédacteur français du Courrier de l’UNESCO, et est par ailleurs directeur d’une collection de livres d’entretiens chez l’éditeur TEXTUEL (12 livres d’entretiens réalisés à ce jour). Il est aussi régulièrement pigiste pour les magazines Sciences Humaines et Alternatives économiques (plus ponctuellement pour Le Journal du CNRS, Pour la science, Télérama, etc.). Il a publié notamment : Le Mythe de l’identité nationale (Berg international, 2009) ; (avec V. Rasplus) Les pièges de l’identité culturelle (Berg international, 2012) ; Lévi-Strauss, un regard neuf sur l’Autre (« Les génies de la science », publication de Pour la Science, 2009) et co-dirigé : (avec J. Christophe et D.-M. Boëll) Du folklore à l’ethnologie, éditions de la MSH, 2009 ; (avec L. De Cock) Paniques identitaires, Le Croquant, 2017. Il a également co-réalisé le dossier « Bienvenue dans l’Anthropocène » du Courrier de l’UNESCO, 2018-2 et « L’intelligence artificielle, promesses et menaces » du Courrier de l’UNESCO, 2018-3.

race – racisme – folklore français – identité nationale – panique morale

Régis Meyran a commencé sa réflexion en mettant en évidence le « mythe de l’identité nationale » (titre de son premier livre, issu de sa thèse), qui imprègne non seulement les discours publics de la IIIe République, mais encore qui a constitué une bonne partie de l’ossature théorique de l’anthropologie physique et culturelle en France, des années 1860 au Régime de Vichy. La recherche des caractéristiques physiques et mentales des Français, née en anthropologie physique, coexiste avec l’essor du régionalisme et la quête des érudits locaux et des ethnographes du caractère régional des Bretons ou des Provençaux (Félibrige, dans ce dernier cas). Avec l’essor du nationalisme français dans les premières décennies du XXe siècle, c’est le « caractère français » que cherchent certains anthropologues et écrivains, même s’ils sont contestés par les ethnologues antiracistes du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) et du musée de l’Homme. Enfin, sous l’Occupation, l’ethnologue George Montandon, passé auparavant au musée de l’Homme et devenu raciste, antisémite et pro-nazi, officie pour la Gestapo, délivrant à prix d’or des certificats de non-judéité, et théorisant la différence entre « vrais Français » et Juifs dans sa revue L’Ethnie française. Dans le même temps, des folkloristes du musée des arts et traditions populaires (MNATP), comme André Varagnac, se sont rapprochés des écrivains collaborateurs vantant les vertus de la « race française », du paysan et de l’artisan, et définissent une « identité française » figée à partir d’un ensemble de figures stéréotypées (le paysan, l’artisan, l’Arlésienne…) s’inscrivant dans un grand récit national. Ce livre a donné lieu a des recensions savantes, mais aussi, comme il tombait au moment du fameux « débat sur l’identité nationale » sous l’ère Sarkozy, a eu des échos dans la presse (Reuters, L’Express, Le Monde, La Provence, L’Humanité, etc.). À la même époque, Régis Meyran a codirigé un livre collectif, qui venait clore un colloque international au MNATP (aujourd’hui MuCEM) sur ces questions (avec J. Christophe et D.-M. Boëll, Du folklore à l’ethnologie).

En 2012, il a repris son questionnement sur la façon dont l’ethnologie et l’anthropologie avaient construit l’idée d’identité culturelle, en élargissant son enquête historique, en comparant les cas allemand, américain et français. L’idée d’identité culturelle naît en Allemagne à la suite des travaux de philologie de Wilhelm von Humboldt (notamment dans une conférence de 1820 où il élabore l’idée que la langue fabriquerait une weltansicht ou « vision du monde »). On la retrouve chez son élève Heymann Steinthal qui invente la « psychologie des peuples » et défend l’idée (non nationaliste) de volksgeist (« communauté spirituelle »), reprise par les études de folklore allemand (la volkskunde), et qui prend son essor en même temps que le nationalisme allemand et le pangermanisme. Alors qu’elle était au départ associée à la perception romantique du peuple et non incompatible avec l’idéal universel des Lumières, la conception savante de l’identité du peuple va progressivement s’imposer comme une substance fixe et intemporelle : depuis Herder, en passant par les frères Grimm et jusqu’au Turnvater Jahn, inventeur de sociétés de gymnastique paramilitaires et militant du retour à la Teutonie antique, jusqu’aux folkloristes nazis, obsédés par les rituels païens et la pureté culturelle des premiers Germains. Le diffusionnisme allemand, qui proposait une autre conception de l’identité culturelle, sera mis au ban par les nazis ; mais la conception diffusionniste de l’identité culturelle et celle antérieure de psychologie des peuples vont influencer le jeune Franz Boas, qui expatrié aux États-Unis fonde l’anthropologie culturelle sur des bases qui ne sont pas sans rapport avec la vieille idée de volksgeist, et on en trouve encore des échos dans le culturalisme de ses élèves, notamment Ruth Benedict. Enfin, l’idée allemande d’identité culturelle, qui s’était mal accommodée en France (elle fut défendue dans les premiers travaux de George Montandon dans les années 1930 et on la retrouve après-guerre dans les travaux très culturalistes de l’Institut de psychologie des peuples du Havre), s’impose surtout avec Claude Lévi-Strauss, quand il revient des États-Unis.

Dans ce même livre, Régis Meyran proposait de critiquer la résurgence du culturalisme en sciences sociales et dans la sphère publique française au XXIe siècle (par exemple, telle qu’on la trouve chez le sociologue Hugues Lagrange et son livre Le déni des cultures en 2012 ou encore chez le politiste Laurent Bouvet et son « insécurité culturelle »). À partir de ce moment, il a tenté par des tribunes ou interviews dans les médias (Ouest-France, France culture, Radio télévision suisse), de montrer les dangers du culturalisme, facilement instrumentalisé par les politiques de tous bords, car il permet de justifier le racisme, la xénophobie, l’islamophobie et le rejet des migrants.

C’est ce danger-là qu’ils (avec L. De Cock) ont dénoncé avec le livre Paniques identitaires (2017), qui sort au moment de l’affaire du harcèlement de rue du métro La Chapelle à Paris, où une association de quartier publie une pétition dans Le Parisien, qui est reprise en boucle par diverses personnalités politiques et dans les médias : les femmes du quartier seraient « chassées des rues » par les migrants et dealers, elles se « terreraient » chez elles, soumises à un harcèlement permanent. Ce fut l’occasion pour eux de s’exprimer dans les médias (Télérama, France culture, Les Inrocks…) pour monter qu’il s’agissait là d’un cas particulier de « panique morale » (Stanley Cohen) : soit un récit exagéré, flou et viral mettant en scène des identités figées, dans le but de susciter une peur panique. Détournant le combat féministe et l’idée de laïcité, relayées par des « entrepreneurs identitaires » (éditorialistes et politiques), ces paniques servent à renforcer le nouveau nationalisme français, raciste, xénophobe et islamophobe. On en connaît désormais maints exemples : l’affaire du burkini de l’été 2016, les supposés viols collectifs du nouvel an 2017 à Francfort (cas différent de celui de Cologne), le supposé café interdit aux femmes à Sevran, etc.

Enseignement

2015-2017. Vacations à l’ENS Paris (cours), Site Jourdan, Département des sciences sociales, Formation à l’histoire des terrains en sciences sociales. Vacations d’épistémologie et d’introduction aux sciences sociales à Supbiotech, Paris. Vacations en anglais, cours de bioéthique, Supbiotech, Paris.

2002-2003. Cours magistraux d’introduction à l’ethnologie du contemporain, université de Paris.

1999-2000. Chargé du TD « Initiation à l’ethnologie » à l’université Paris X, département Sciences de l’éducation.

1997-1998. Chargé du TD « Initiation à l’enquête ethno-anthropologique » à l’université Paris V, département Sciences de l’éducation. Chargé du TD « Initiation à l’ethnologie » à l’université Paris X, département Sciences de l’éducation.

Diplômes

2014. Habilitation à diriger des recherches, Université de Nice-Sophia Antipolis

2006. Doctorat d’anthropologie sociale et ethnologie, EHESS (Paris)

1997. DEA d’anthropologie sociale et ethnologie, EHESS (Paris)

1995. Maîtrise d’ethnologie, Université Paris 7

1993. Diplôme de l’École nationale supérieure des Arts et Métiers (ENSAM)

Ouvrages

2014, Les pièges de l’identité culturelle (avec Valéry Rasplus), Paris, Berg International éditeurs.

2009, Le Mythe de l’identité nationale, Paris, Berg International éditeurs.

Coordination d’ouvrages scientifiques/de numéros de revues

2017, Co-direction de (avec Laurence de Cock) Paniques identitaires. Identités et idéologies au prisme des sciences sociales, Editions du Croquant.

2015, Co-direction de (avec Alain Policar) « L’anthropologie et ses raisons », n° de Raison présente, 195.

2009, Direction scientifique de (avec Jacqueline Christophe et Denis-Michel Boëll) Du Folklore à l’ethnologie, 1936-1945, Paris, Éditions de la MSH.

2007, Direction du numéro « Usages publics de l’Histoire en France », numéro de la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps, 85, janvier-mars.

Autres ouvrages : vulgarisation scientifique, entretiens

2018a (à paraître), Le Vertige des faits alternatif, livre d’entretiens avec Arnaud Esquerre, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2018b, Co-pilotage du dossier du Courrier de l’UNESCO, n°2-2018, « Bienvenue dans l’Anthropocène ». Accessible gratuitement en ligne : https://fr.unesco.org/courier/2018-2

2018c, Face au mal. Le conflit sans la violence, livre d’entretiens avec Michel Wieviorka, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2018d, Co-pilotage du dossier du Courrier de l’UNESCO, n°3-2018, « L’intelligence artificielle : promesses et menaces ». Accessible gratuitement en ligne :

https://fr.unesco.org/courier/2018-3

2017a, Guerres humanitaires, mensonges et intox, livre d’entretiens avec Rony Brauman, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2017b, Les nouveaux visages du fascisme, livre d’entretiens avec Enzo Traverso, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2016, La droitisation du monde, livre d’entretiens avec François Cusset, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2015, Marre de cette Europe ? Moi aussi…, livre d’entretiens avec Guillaume Duval, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2014a, Sexe, race et culture, livre d’entretiens avec Patrick Tort, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2014b, L’histoire, un combat au présent, livre d’entretiens avec Nicolas Offenstadt, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2013a, Ce populisme qui vient, livre d’entretiens avec Raphaël Liogier, Paris, Éditions Textuel, « Conversations pour demain ».

2013b, Où sont passés les intellectuels ?, livre d’entretiens avec Enzo Traverso, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2012, L’Argent sans foi ni loi, livre d’entretiens avec Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2011, La Guerre civile numérique, livre d’entretien avec Paul Jorion, Paris, Textuel, « Conversations pour demain ».

2009, Rédaction intégrale du numéro dédié à Claude Lévi-Strauss « Claude Lévi-Strauss, un regard neuf sur l’Autre », Les Génies de la science (publication de Pour la science), n° 38.

2008, Coordination (avec Nicolas Journet) de « Entre image et écriture : la découverte des systèmes graphiques », Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, 11.

2006, Coordination de l’ouvrage collectif Les Mécanismes de la Violence, Éditions Sciences Humaines.

Articles parus dans des livres ou ouvrages collectifs

2016, « Mythologies contemporaines de la nature humaine : neurosciences sociales, anthropologie cognitive, psychologie évolutionniste. Le cas de l’explication du djihadisme par l’anthropologie cognitive », in Hypalampuses Hemeras, Editions Gruppen : 260-272.

2014, « L’ethnologie est-elle une pseudo-science ? Rationalisme contre ésotérisme, une ligne de front dans l’ethnologie française », in Valéry Rasplus (dir.), Sciences et pseudo-sciences. Regards des sciences humaines, Paris, Editions Matériologiques (« Sciences et philosophie ») : 107-128.

2013a, (avec Jean-Luc Bonniol) : « Anthropologie et racisme », in Pierre-André Taguieff (dir.), Dictionnaire historique et critique du racisme, Paris, PUF : 51-57.

2013b, « Classifications raciales », in Pierre-André Taguieff (dir.), Dictionnaire historique et critique du racisme, Paris, PUF : 297-302.

2012, « Les mythes de l’identité nationale », in collectif, Islam et identité nationale, Actes du colloque « Rencontres avec l’islam en Rhône Alpes », Paris, L’Harmattan.

2009, « André Varagnac et l’archéocivilisation : un théoricien de la culture naturelle », in Jacqueline Christophe, Denis-Michel Boëll & Régis Meyran (dir.) Du folklore à l’ethnologie. Institutions, musées, idées en France et en Europe de 1936 à 1945, Actes du colloque international (Éditions de la MSH).

2004, « Les derniers jours du folklore : du renouveau des années 1930 à sa disparition dans l’après-guerre », suivi de « Discussion autour des textes de Régis Meyran et d’Alain Mahé », in Alain Mahé & Kmar Bendana, eds, Savoirs du lointain et sciences sociales, Saint-Denis, Éditions Bouchène : 133-139 et 152-156.

Articles parus dans des revues scientifiques à comité de lecture

2014a, « À la croisée des engagements. Une génération d’ethnologues français dans la décolonisation (1960-1970) », Mondes contemporains, n°5 : 99-122.

2014b, « Les musiques urbaines ou la subversion des codes esthétiques occidentaux », EspacesTemps.net, « Travaux », 27 janvier. URL : http://www.espacestemps.net/articles/les-musiques-urbaines-ou-la-subversion-des-codes-esthetiques-occidentaux/#biographie

2009, « Genèse de la notion de culture, une perspective globale », Journal des anthropologues, n°118-119 : 193-214.

2007, « Vers de nouvelles formes d’usages du passé? », Matériaux pour l’histoire de notre temps. Usages publics de l’histoire, 85 : 5-9.

2005, Bibliographie en annexe d’un article de Klaus Beitl, « Archéocivilisation. André Varagnac – nachgelesen », mit einem Anhang : Bibliographie von André Varagnac. Erstellt von Régis Meyran über Vermittlung von Jacqueline Christophe », Österreichische Zeitschrift für Volkskunde, Band LIX/108, Wien 2005 : 165-184.

2001, « Vichy ou la face cachée de la République », L’Homme, 160 : 177-184.

2000a, « Races et Racisme. Les ambiguïtés de l’antiracisme chez les anthropologues de l’Entre-deux-guerres », Gradhiva, 27 : 63-76.

2000b, « Psychopathologie de la décision. Carl Schmitt et les ‘mâles’ allemands », Gradhiva, 27 : 107-112.

1999a, « Écrits, pratiques et faits. L’ethnologie sous le régime de Vichy », L’Homme, 150 : 203-212.

1999b, « Les effets de l’idéologie. La violence des soldats allemands en URSS », L’Homme, 152 : 173-180.

1997, « Bibliographie générale de Jean Pouillon », L’Homme, 143 : 141-149.

Articles parus en ligne (sites ou revues en ligne avec comité de lecture)

2014, « La traversée singulière du XXe siècle d’un bûcheron communiste », Nonfiction.fr. A propos du livre de Jean-Yves Boursier : « Armand Simonnot, bûcheron du Morvan. Résistance, communisme, maquis ».

2007a, « Slam », EspacesTemps.net, Mensuelles, 17 juin. URL : http://espacestemps.net/document2473.html

2007b, « Les chemins de la culture : éléments pour une anthropologie historique de la notion de culture (Pour une anthropologie historique de l’anthropologie, II) », article paru le site des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie en France (AssisesEthno.org). URL : http://assisesethno.org/spip.php?article88

2006, « Pour une anthropologie historique de l’anthropologie », article paru le site des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie en France (AssisesEthno.org). URL : http://assisesethno.org/spip.php?article26

Articles pour un dictionnaire

2004, « Filiation », « Frazer », « Godelier », « Imaginaire », in Jean-François Dortier (dir.), Dictionnaire des sciences humaines, Éditions Sciences humaines : 246-248 ; 260-261 ; 279-280 et 331-332.

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